jeudi 23 avril 2020

Chroniques de confinée

Les jours aigres avaient la saveur amère du zeste de citron le plus acide des zestes  jusqu’alors répertoriés dans le monde des citrons. 
La bile s’échauffait, le souffle se bloquait, la fureur fulminait.
Les bonnes manières inculquées par la civilisation la plus moralisatrice des civilisations morales explosaient dans une déflagration de « Tonnerre de Brest » vitupérants.
Peste soit de l’armée de flaquadins calamiteux, forfants misérables, fredons frelatés, galipots abatteurs de quilles qui dirigeaient les républiques les plus injustes des calamiteuses républiques !
Avaleurs de charrettes ferrées, baronnets emplumaillés, butors empoudrés, claque-dents décérébrés, cuistres encravatés !
Le flot des palsembleus les plus sonores du monde des jurons résonnait, s’amplifiait, vibrait de la plus vibrante des vibrations enregistrées jusqu’alors.
Il fallait régurgiter le dégoût engrangé, myriade de graines patiemment collectionnées dans des bocaux capitonnés.

C’est ainsi que les jours aigres s’enrubannaient d’une douce poésie à la désuète résonance.


«En avant cornegidouille ! Tudez, saignez,écorchez,massacrez, corne d’Ubu ! Ah ! Ça diminue ! » Alfred Jarry, Ubu Roi






mercredi 22 avril 2020

Chroniques de confinée

Confinée comme une bonne partie de la population du globe, une humaine parmi toutes les autres, au mitan de sa vie, cohabitait avec ses interrogations, toutes plus bouillonnantes et harcelantes que les plus harcelantes des élucubrations de la pensée.
Le doute laissait place à l’incertitude qui laissait place à la dérision, elle même remplacée par le cynisme. 
Le pessimisme des jours pluvieux alternait avec les brefs rayons de l’optimisme des jours lumineux.
Ancrée en elle depuis son plus jeune temps, se posait la question du sens.
Les pâquerettes de l’insouciance ne s’étaient pas penchées sur son berceau.
L’humaine parmi toutes les autres, au mitan de sa vie, écrivait les jours de pluie. 
Quand les bourrasques l’assaillaient, elle se penchait sur son clavier et laissait débouler ses pensées, dégringolades acidulées, rêveries enchevêtrées, entre l’aigre et le doux. 


«  La lucidité est la blessure le plus proche du soleil » René Char








mardi 21 avril 2020

Chroniques de confinée

Dans les hôpitaux saturés de malades, manquaient lits, blouses, masques, respirateurs indispensables à la survie de tous les humains, touchés de plein fouet par l’impitoyable virus inconnu jusqu’alors. 
Les systèmes de soin avaient depuis longtemps été saccagés. 
L’humanité n’avait de cesse de devenir la plus inhumaine de toutes les humanités du système solaire.
Le cataclysme provoqué par l’arrivée foudroyante du mortellement néfaste virus débusquait mensonges, escroqueries, vilénies les plus viles engendrées par l’adoration du profit au dépens du bien-être des populations du globe.
Cruauté, hypocrisie, forfanterie, sournoiserie, dissimulation, asservissement.
Les plus abjectes des injustices les plus injustes apparaissaient au grand jour. 


La plus intense des colères grondait. Les peuples se réveillaient. Le murmure de la révolte chuchotait son plus inlassable chuchotement.



  • « La guerre, c'est la paix. »
  • « La liberté, c'est l’esclavage. »
  • « L'ignorance, c'est la force. »       George Orwell, 1984. 

lundi 20 avril 2020

Chroniques de confinée


En attendant, il fallait faire face. Se protéger le plus efficacement possible des attaques du plus pernicieux des virulents virus masqués.
Les masques de protection manquaient. Les dirigeants de toutes les républiques ne disposaient d’aucun stock, trop occupés à diriger les affaires les plus dirigeables du monde de la finance. 
La santé ne faisait pas partie de leur priorité la plus prioritaire. 
Ainsi, ouvrières aux doigts de fées, petites mains minutieuses, créatrices ensorceleuses, se mirent à confectionner des masques. 
Élastiques, tissus, étoffes, virevoltaient dans les ateliers.
Machines à coudre, aiguilles, ciseaux à broder, tout s’entrechoquait dans un joyeux cliquetis de bruits entremêlés.
La sarabande des sorcières aux doigts légers brodait, cousait, festonnait.
Mètres ruban, fils à coudre et canettes transformaient magiquement les cotonnades, brocarts et soieries dans une des valses les plus effrénées de toutes les valses endiablées.
Depuis leurs sémillants ateliers enfiévrés, l’escouade des tailleuses, coupeuses, habilleuses fourmillait d’un fourmillement plus foisonnant que celui des plus foisonnantes fourmilières.


La résistance se poursuivait.


dimanche 19 avril 2020

Chroniques de confinée

Au sein des foyers, l’harmonie du confinement était bien différente selon les familles et les conditions d’enfermement.
D’aucuns clamaient à corps et à cris que l’arrivée impromptue du plus scélérat des virus mortellement funeste leur permettait de se redécouvrir, de ressentir de nouveau la présence de leur enfant intérieur, moi métaphorique enfoui par les tracas du quotidien.
D’autres vitupéraient, déprimaient ou s’activaient.
Certains supportaient avec courage et résilience la plus solitaire des solitudes résilientes.
Un grand nombre attendait d’être libéré des chaînes de la vie maritale devenue maritalement insupportable, tandis que les oubliés continuaient leur vie d’oubliés.
L’arrivée du virulent virus tourneboulant chamboulait les rites, les rythmes, les vies.
Pour les uns, une routine cédait la place à une autre, un tracas en engendrait un suivant, une angoisse prenait le pas sur la précédente.
Pour les autres, la clarté de la lune, le bruissement du vent, la chaleur du soleil printanier faisaient oublier les effets mortellement néfastes du plus néfaste des virus. 


Il était néanmoins un fait indéniable.             

L’Humanité s’interrogeait.





Chroniques de confinée

Les mois passaient. La résistance s’organisait. L’humanité se réveillait.
Malgré les assauts du virulent virus menaçant, tous les bipèdes encore en bonne santé débroussaillaient, plantaient, semaient, sarclaient, bêchaient.
Face à l’adversité, la culture de la patate s’avéra être une nécessité. 
Paillage, cerclage, bouturage, semis. 
L’humanité redécouvrait l’agriculture. Les prédicateurs de la super production intensive de masse, décimés par le plus virulent des virevoltants virus, ne pouvaient plus fournir les magasins désormais vides. 
Pioches, pelles et râteaux en mains, la population colonisa l’espace bétonné et le monde se mit à reverdir d’un vert plus vert que le plus verdoyant des verts. 
Artichauts, lentilles, pousses de bambou, carottes et choux inondèrent la surface du globe. 
Limaces, escargots, pucerons cohabitaient désormais avec les laitues. 
Une entente cordiale s’instaurait. 
Plus d’épouvantails aussi épouvantables que les plus épouvantables des épouvantails.
Pies et corneilles survolaient les champs en totale harmonie avec le monde végétal. 
Graines, jeunes pousses et bourgeons s’épanouissaient au soleil. 


Les hommes paraissaient s’unir contre le plus virulent des inévitables virus et étaient sur le point de redécouvrir l’autonomie.


samedi 18 avril 2020

Chroniques de confinée


Et pourtant, les dirigeants faisaient leur possible afin de rassurer une population au bord du désespoir. 

C’est ainsi que tous les présidents de la planète parlaient aux citoyens inquiets, soucieux de leur insuffler l’énergie vitale, indispensable pour combattre le virulent virus tournoyant.

«  Vous souvenez-vous, chers amis ? 
Vous souvenez-vous de ces doux jours heureux, quand les espiègles gardiens de nos républiques vous chipotaient un tantinet lors de nos conviviales manifestations de rue ?
Vous souvenez-vous comme il était doux, le temps où ces rassemblements ravivaient les taquineries de nos pourvoyeurs de l’ordre  ? 
Ils avaient tous l’humour un brin à fleur de poils. 
Vous souvenez-vous de nos réjouissants rassemblements dans nos agréables et pittoresques contrées campagnardes, villes et villages ? 
Vous souvenez-vous de ce paysage voilé par la brume poétique, un zeste acidulée ?
Et comme nos défenseurs du bien-être savaient manier le lancer de cotillons ! 
Souvenons-nous avec émotion de nos farandoles exubérantes  ! 
Elles reviendront ! En force mes chers amis. Nous ne saurions imaginer un monde dépourvu de ces facétieuses fêtes ! »

Et c’est ainsi que les caciques à barbe blanche, sages défenseurs des républiques, s’adressaient à une population à bout de nerfs, tentant de ranimer la flamme, ternie par l’arrivée dévastatrice du  plus virulent des virus  tourbillonnants.


Il était pourtant un fait établi : bon nombre d’humains n’étaient pas dupes.