dimanche 26 avril 2020

Chroniques de confinée

«  En promotion pour toutes les familles confinées, confites et déconfites, pilules de frivolité. Imaginez la vie en kodachrome ! Grande braderie de caléidoscopes pour voir la vie tout en couleurs ! 
Nous prenons soin de vous, peuples de tous les pays ! »
Les slogans pleuvaient pour reverdir les fleurs fanées du souvenir de l’insouciance, de la valse folle des pâquerettes, de la fringuante farandole des bourdons bedonnants, du gazouillis des oiseaux primesautiers dans les champs.
« Pilules vertes, bleues, jaunes, chamarrées, arc-en-ciel, tout est soldé ! »

Confinée confite comme un antique pruneau ratatiné, soumise à une éclipse de légèreté, dans le jardin au savonnier, au romarin, aux oliviers, l’humaine, au calme, réfléchissait.

« L’important n’est pas de guérir, mais de vivre avec ses maux. »
Camus, Le mythe de Sisyphe.


Paysage, Oscar Claude Monet

Chroniques de confinée

En exclusivité exclusive, les présentateurs du Nouveau Ministère des Arts et du Divertissement créaient d’innovants concepts d’émissions doctement divertissantes.
En live, le top 50 des chercheurs les plus prestigieux. Les apprentis connaisseurs tous formés en médecine sur les réseaux sociaux, élisaient leur praticien préféré.
De gigantesques parcs d’attraction éclosaient pour présenter les savants les plus experts dans le domaine de l’expertise.
« Venez visiter la tourelle du Professeur Ripolin ! Il vous épatera avec ses comprimés multicolores, commandités par Zavata !  
Si vous voulez découvrir la technique explosive du savant le plus savant de tous, prenez un ticket pour sa prestigieuse conférence amoureusement concoctée pour vous, dans un laboratoire en écailles de bambou façonnées à la main ! »
Potions, décoctions, breuvages, pommades, onguents, clystères, étaient désormais disponibles sur des tutoriels filmés par des clercs artisanaux, tous plus connaisseurs en médecine que les médecins eux-mêmes.
Les humains, en plus de faire leurs pains, gâteaux, tartes ou gratins, se lançaient dans les diagnostiques. 
« C’est ce médicament qu’il faut ! Non ! Celui-ci !
Ce chercheur est un escroc ! Un barde sorti des forêts bretonnes pour nous refiler des herbes empoissonnées !
Nous préférons l’érudit aux cheveux ras et au poil soyeux ! C’est lui qu’il nous faut ! Et si on prenait l’autre à la moustache en forme de cœur ou aux bacchantes amidonnées ? 
Non. Agenouillons-nous plutôt devant les doctes dogmatiques, certifiés AOC, étiquetés, brevetés, conformes à la conformité., nourris au grain, sponsorisés.»

L’Humanité se divertissait, l’audimat explosait, l’autocratie jubilait. 


« Toute l'excellence de leur art consiste en un pompeux galimatias, en un spécieux babil, qui vous donne des mots pour des raisons, et des promesses pour des effets. »

Le malade imaginaire, Molière.


vendredi 24 avril 2020

Chroniques de confinée


Des doctrines de tous les genres fleurissaient jusqu’alors de part et d’autres du globe. 
Religieuses, juridiques, politiques, mythologiques, scientifiques, sociales, militaires.
Arriva brutalement l’apogée de la doctrine sanitaire. Doctrine la plus dogmatique des doctrines dogmatiquement dogme.
Les gouvernements des républiques scandaient avec ferveur les lois de la Nouvelle Idéologie.
Purifier, désinfecter, aseptiser.
Il fallait à tout prix freiner la progression de la contagion la plus transmissible des contagions la plus contagieuse.
Asepsie, antisepsie, prophylaxie.
Renforcement des mesures sanitaires, contrainte d’éloignement, distanciation sociale.
Les nouveaux mots de la Dictature étaient martelés, déclamés, cadencés.
La terreur s’instaurait dans les populations confinées, recroquevillées, pelotonnées.
La joie de vivre se racornissait, l’inquiétude grandissait, les esprits s’échauffaient.
Les nouvelles règles prophylactiques pullulaient, se multipliaient, croissaient.

Il était un fait avéré.
La Nouvelle Peste décimait les libertés. 






« Dans deux cent cinquante de ces maisons, il y a deux cent cinquante chambres où quelqu'un confesse la médecine, deux cent cinquante lits où un corps étendu témoigne que la vie a un sens, et grâce à moi un sens médical. La nuit, c'est encore plus beau, car il y a les lumières. Et presque toutes les lumières sont à moi. Les non-malades dorment dans les ténèbres. Ils sont supprimés. » 

Knock ou le triomphe de la médecine, Jules Romains.



jeudi 23 avril 2020

Chroniques de confinée

Les jours aigres avaient la saveur amère du zeste de citron le plus acide des zestes  jusqu’alors répertoriés dans le monde des citrons. 
La bile s’échauffait, le souffle se bloquait, la fureur fulminait.
Les bonnes manières inculquées par la civilisation la plus moralisatrice des civilisations morales explosaient dans une déflagration de « Tonnerre de Brest » vitupérants.
Peste soit de l’armée de flaquadins calamiteux, forfants misérables, fredons frelatés, galipots abatteurs de quilles qui dirigeaient les républiques les plus injustes des calamiteuses républiques !
Avaleurs de charrettes ferrées, baronnets emplumaillés, butors empoudrés, claque-dents décérébrés, cuistres encravatés !
Le flot des palsembleus les plus sonores du monde des jurons résonnait, s’amplifiait, vibrait de la plus vibrante des vibrations enregistrées jusqu’alors.
Il fallait régurgiter le dégoût engrangé, myriade de graines patiemment collectionnées dans des bocaux capitonnés.

C’est ainsi que les jours aigres s’enrubannaient d’une douce poésie à la désuète résonance.


«En avant cornegidouille ! Tudez, saignez,écorchez,massacrez, corne d’Ubu ! Ah ! Ça diminue ! » Alfred Jarry, Ubu Roi






mercredi 22 avril 2020

Chroniques de confinée

Confinée comme une bonne partie de la population du globe, une humaine parmi toutes les autres, au mitan de sa vie, cohabitait avec ses interrogations, toutes plus bouillonnantes et harcelantes que les plus harcelantes des élucubrations de la pensée.
Le doute laissait place à l’incertitude qui laissait place à la dérision, elle même remplacée par le cynisme. 
Le pessimisme des jours pluvieux alternait avec les brefs rayons de l’optimisme des jours lumineux.
Ancrée en elle depuis son plus jeune temps, se posait la question du sens.
Les pâquerettes de l’insouciance ne s’étaient pas penchées sur son berceau.
L’humaine parmi toutes les autres, au mitan de sa vie, écrivait les jours de pluie. 
Quand les bourrasques l’assaillaient, elle se penchait sur son clavier et laissait débouler ses pensées, dégringolades acidulées, rêveries enchevêtrées, entre l’aigre et le doux. 


«  La lucidité est la blessure le plus proche du soleil » René Char








mardi 21 avril 2020

Chroniques de confinée

Dans les hôpitaux saturés de malades, manquaient lits, blouses, masques, respirateurs indispensables à la survie de tous les humains, touchés de plein fouet par l’impitoyable virus inconnu jusqu’alors. 
Les systèmes de soin avaient depuis longtemps été saccagés. 
L’humanité n’avait de cesse de devenir la plus inhumaine de toutes les humanités du système solaire.
Le cataclysme provoqué par l’arrivée foudroyante du mortellement néfaste virus débusquait mensonges, escroqueries, vilénies les plus viles engendrées par l’adoration du profit au dépens du bien-être des populations du globe.
Cruauté, hypocrisie, forfanterie, sournoiserie, dissimulation, asservissement.
Les plus abjectes des injustices les plus injustes apparaissaient au grand jour. 


La plus intense des colères grondait. Les peuples se réveillaient. Le murmure de la révolte chuchotait son plus inlassable chuchotement.



  • « La guerre, c'est la paix. »
  • « La liberté, c'est l’esclavage. »
  • « L'ignorance, c'est la force. »       George Orwell, 1984. 

lundi 20 avril 2020

Chroniques de confinée


En attendant, il fallait faire face. Se protéger le plus efficacement possible des attaques du plus pernicieux des virulents virus masqués.
Les masques de protection manquaient. Les dirigeants de toutes les républiques ne disposaient d’aucun stock, trop occupés à diriger les affaires les plus dirigeables du monde de la finance. 
La santé ne faisait pas partie de leur priorité la plus prioritaire. 
Ainsi, ouvrières aux doigts de fées, petites mains minutieuses, créatrices ensorceleuses, se mirent à confectionner des masques. 
Élastiques, tissus, étoffes, virevoltaient dans les ateliers.
Machines à coudre, aiguilles, ciseaux à broder, tout s’entrechoquait dans un joyeux cliquetis de bruits entremêlés.
La sarabande des sorcières aux doigts légers brodait, cousait, festonnait.
Mètres ruban, fils à coudre et canettes transformaient magiquement les cotonnades, brocarts et soieries dans une des valses les plus effrénées de toutes les valses endiablées.
Depuis leurs sémillants ateliers enfiévrés, l’escouade des tailleuses, coupeuses, habilleuses fourmillait d’un fourmillement plus foisonnant que celui des plus foisonnantes fourmilières.


La résistance se poursuivait.