dimanche 19 avril 2020

Chroniques de confinée

Au sein des foyers, l’harmonie du confinement était bien différente selon les familles et les conditions d’enfermement.
D’aucuns clamaient à corps et à cris que l’arrivée impromptue du plus scélérat des virus mortellement funeste leur permettait de se redécouvrir, de ressentir de nouveau la présence de leur enfant intérieur, moi métaphorique enfoui par les tracas du quotidien.
D’autres vitupéraient, déprimaient ou s’activaient.
Certains supportaient avec courage et résilience la plus solitaire des solitudes résilientes.
Un grand nombre attendait d’être libéré des chaînes de la vie maritale devenue maritalement insupportable, tandis que les oubliés continuaient leur vie d’oubliés.
L’arrivée du virulent virus tourneboulant chamboulait les rites, les rythmes, les vies.
Pour les uns, une routine cédait la place à une autre, un tracas en engendrait un suivant, une angoisse prenait le pas sur la précédente.
Pour les autres, la clarté de la lune, le bruissement du vent, la chaleur du soleil printanier faisaient oublier les effets mortellement néfastes du plus néfaste des virus. 


Il était néanmoins un fait indéniable.             

L’Humanité s’interrogeait.





Chroniques de confinée

Les mois passaient. La résistance s’organisait. L’humanité se réveillait.
Malgré les assauts du virulent virus menaçant, tous les bipèdes encore en bonne santé débroussaillaient, plantaient, semaient, sarclaient, bêchaient.
Face à l’adversité, la culture de la patate s’avéra être une nécessité. 
Paillage, cerclage, bouturage, semis. 
L’humanité redécouvrait l’agriculture. Les prédicateurs de la super production intensive de masse, décimés par le plus virulent des virevoltants virus, ne pouvaient plus fournir les magasins désormais vides. 
Pioches, pelles et râteaux en mains, la population colonisa l’espace bétonné et le monde se mit à reverdir d’un vert plus vert que le plus verdoyant des verts. 
Artichauts, lentilles, pousses de bambou, carottes et choux inondèrent la surface du globe. 
Limaces, escargots, pucerons cohabitaient désormais avec les laitues. 
Une entente cordiale s’instaurait. 
Plus d’épouvantails aussi épouvantables que les plus épouvantables des épouvantails.
Pies et corneilles survolaient les champs en totale harmonie avec le monde végétal. 
Graines, jeunes pousses et bourgeons s’épanouissaient au soleil. 


Les hommes paraissaient s’unir contre le plus virulent des inévitables virus et étaient sur le point de redécouvrir l’autonomie.


samedi 18 avril 2020

Chroniques de confinée


Et pourtant, les dirigeants faisaient leur possible afin de rassurer une population au bord du désespoir. 

C’est ainsi que tous les présidents de la planète parlaient aux citoyens inquiets, soucieux de leur insuffler l’énergie vitale, indispensable pour combattre le virulent virus tournoyant.

«  Vous souvenez-vous, chers amis ? 
Vous souvenez-vous de ces doux jours heureux, quand les espiègles gardiens de nos républiques vous chipotaient un tantinet lors de nos conviviales manifestations de rue ?
Vous souvenez-vous comme il était doux, le temps où ces rassemblements ravivaient les taquineries de nos pourvoyeurs de l’ordre  ? 
Ils avaient tous l’humour un brin à fleur de poils. 
Vous souvenez-vous de nos réjouissants rassemblements dans nos agréables et pittoresques contrées campagnardes, villes et villages ? 
Vous souvenez-vous de ce paysage voilé par la brume poétique, un zeste acidulée ?
Et comme nos défenseurs du bien-être savaient manier le lancer de cotillons ! 
Souvenons-nous avec émotion de nos farandoles exubérantes  ! 
Elles reviendront ! En force mes chers amis. Nous ne saurions imaginer un monde dépourvu de ces facétieuses fêtes ! »

Et c’est ainsi que les caciques à barbe blanche, sages défenseurs des républiques, s’adressaient à une population à bout de nerfs, tentant de ranimer la flamme, ternie par l’arrivée dévastatrice du  plus virulent des virus  tourbillonnants.


Il était pourtant un fait établi : bon nombre d’humains n’étaient pas dupes.



Chroniques de confinée

Et pendant que la population tentait tant bien que mal de survivre aux assauts du plus virulent des virulents virus, il lui fallait aussi exercer sa patience, contenir sa colère, respirer en cadence.

Les gouvernements de tous les pays ordonnaient, légiféraient, imposaient. Il ne fallait désormais plus mettre le nez dehors. 
Chaque voisin suspectait l’autre, chaque infraction au Nouvel Ordre était sévèrement vilipendée. 
Les humains frondeurs ou exerçant encore leur jugement, faussé par la peur du virulent virus embusqué, étaient systématiquement pointés du doigt, filmés par les caméras du nouveau ministère de l’Ordre et du Respect de l’ordre. 
Celui qui désirait faire son jogging ? Mis au banc de la population par une partie de la population elle même mise au banc de la population, réduite au silence par les lois du Nouvel Ordre.
Celui qui humait l’air à son balcon ? Dénoncé  par la plus dénonciatrice des lettres de dénonciation.
Même les humains qui risquaient leur vie pour guérir les hommes des effets virulents  du plus virulent virus, étaient signalés, désignés coupables de répandre la contagion.
La suspicion régnait. Méfiance, haine, rancoeur et hystérie habitaient le cœur des hommes, empoisonné par la Peur, encore plus virulente que le plus virevoltant des virulents virus camouflé. 


L’humanité semblait  sur le point de sombrer dans la folie.



vendredi 17 avril 2020

Chroniques de confinée

Certains réfléchissaient. 

Ils se demandaient pourquoi ce virulent virus arrivé depuis une contrée lointaine sous la forme d’un pangolin masqué leur infligeait toutes ces souffrances. 

Était-ce un Dieu Vengeur ? Une bourrasque saisonnière ? Un dangereux poison sorti des usines pétrochimiques de cloportes endimanchés, rictus carnassier, requins financiers ? 
D’autres se laissaient porter par l’insouciance et admiraient le monde redevenu si calme. Les rivières reglougloutaient, le chant des oiseaux reroucoulait dans les recoins les plus obscurs des villes industrielles désormais à l’abandon. 
Bourdons, chenilles et papillons virevoltaient dans un joyeux tintamarre. 
Les pin up se prenaient en photo, enrubannées de philtres scintillants tous aussi enchanteurs les uns que les autres. 
Mais que la vie semblait belle sous les feux d’Instagram ! 
Les alcooliques en gestation débridaient désormais sans aucune mesure leurs penchants coupables. 
Les mangeurs de carottes crues se dissimulaient pour avaler goulûment des brocolis caramélisés à la graisse d’oie. 
Toutes les barrières des interdits explosaient. 
Il fallait bien oublier les soucis. Meubler l’ennui. Ne pas sombrer dans la folie. 
Chacun puisait dans ses ressources pour affronter les attaques de l’inévitable virulent virus embusqué.

A chaque jour suffisait sa peine.


Chroniques de confinée

De part et d’autre de la planète, les humains, redevenus poilus et chevelus malgré eux, se précipitaient, en panique, dans leurs hypermarchés super puissants de la surproduction pour y trouver en masse du coton ouaté, symbole de la douceur qui désormais avait quitté la terre. 
Des monceaux de papier toilette débordaient des charriots. 
L’obsession avait migré. Du cheveu, elle semblait maintenant s’agripper aux besoins primaires.
Les humains régressaient. 
Poil rêche, idées noires, œil torve, ils se faisaient maintenant la guerre. 
Le virulent virus était au centre de toutes les conversations. 
En plus de tuer, d’annihiler la pensée, de fausser le jugement, il divisait. 
Chacun donnait son avis. 
Chacun se disait éminent spécialiste du virulent virus. 
Confinés derrière les ordinateurs que les gouvernements de tous les pays leur laissaient à disposition afin de canaliser leurs virulentes virtuelles émotions, les humains se déchiraient.





jeudi 16 avril 2020

Chroniques de confinée

Un virus très virulent se propagea dans la population. Les humains perdaient leurs repères, leur sang froid, leur liberté, leur réflexion, leur moral, leur santé. Ils ne savaient plus où donner de la tête tant le virus très virulent modifiait leur jugement. 
Et il était un fait particulièrement étrange. Leur chevelure semblait les obséder. 
Couper. Couper. Couper. Coûte que coûte. 
Colorer le gris, maquiller le blanc, ne plus penser qu’aux racines. 
Dissimuler, tailler, égaliser.
De la longueur de leur chevelure, dépendait leur vie. 
Partout on en voyait à la cherche de tondeuses, coupeuses, effilocheuses, débroussailleuses.
Le chaos régnait.