jeudi 16 avril 2020

Chroniques de confinée

Un virus très virulent se propagea dans la population. Les humains perdaient leurs repères, leur sang froid, leur liberté, leur réflexion, leur moral, leur santé. Ils ne savaient plus où donner de la tête tant le virus très virulent modifiait leur jugement. 
Et il était un fait particulièrement étrange. Leur chevelure semblait les obséder. 
Couper. Couper. Couper. Coûte que coûte. 
Colorer le gris, maquiller le blanc, ne plus penser qu’aux racines. 
Dissimuler, tailler, égaliser.
De la longueur de leur chevelure, dépendait leur vie. 
Partout on en voyait à la cherche de tondeuses, coupeuses, effilocheuses, débroussailleuses.
Le chaos régnait. 

lundi 30 mars 2020

La complainte du pangolin



     La complainte du pangolin


Oui, alors voilà chers compatriotes. Il est temps d’aller rechercher au plus profond de vous-mêmes votre enfant intérieur, de retrouver votre moi métaphorique, de vous ressourcer dans les livres de philosophie ancestrale, de renouer avec vos shakras, d’entrer dans les recoins les plus enfouis de vos pulsations intimes. Nous nous occupons du reste.


Et c’est là que les emmerdes commencèrent vraiment.


Elle se disait qu’elle n’était pas la plus malheureuse. Non. Décidément non. Elle avait la chance d’habiter une grande maison fleurie avec les mésanges, les pigeons ramiers squatteurs du Savonnier, le bon air, les oliviers et l’amour. Elle pensait à tous ces gens cloitrés dans les HLM, à tous ceux qui n’avaient pas de maison, à tous ceux à qui on imposait une solitude intolérable. Elle pensait que décidément, la démocratie, elle n’y croyait plus. Pourtant, elle y avait cru au socialisme. Et puis plus. Mais plus du tout. La carte d’électrice s’était retrouvée à la poubelle. D’un coup. Elle savait pas pourquoi, mais elle ne l’avait plus jamais retrouvée.  Cher Pangolin, se disait-elle, je te remercie. Ça va peut-être nous ramener à l’essentiel... Peut-être...


Elle qui ne voyait toujours que le verre à moitié vide, souffrait de jour en jour d’hallucinations prémonitoires...Mais si tous les pangolins du monde commençaient à se révolter, c’en serait fini des mangeurs de crèmes glacées et de nuggets à poils ras ! 


La petite bête à écailles semblait avoir semé le cri de la révolte parmi toutes les autres petites bêtes grillées cuisinées à la sauce cacahuète. 


Ici et là, elle pouvait entendre la clameur sourde de tous les sieurs pangolins et dames pangolines à travers la planète. D’abord un brouhaha incertain, puis des chuchotements distincts et enfin le vacarme des opprimés se faisait entendre. 

De tous les coins de la planète bruissait le vent de la rébellion.
 Écailles hérissées, griffes acérées les pangolins se gaussaient. 

jeudi 20 février 2020

En passant par les Saintes

Parcourir les étangs, sentir le Mistral danser entre les salicornes, rendre encore plus hirsutes les cheveux indomptés déjà, fouetter la couenne des années, tanner la cuirasse, virevolter la sarabande des souvenirs enfouis. Enfouis ? pas tant que ça. 

Et les entrailles parlent de ce coin de Provence jadis pays du grand-père.
Elle te parlait des gardians, maman. Elle te parlait du bleu du ciel et des mouettes et des gitanes qui lisent dans le creux de la main et de la minuscule église comme dans un film de Leone.


Elle te disait que tout commence et finit là.

En passant par...


vendredi 1 juin 2018

Comptine


La compagnie des chats
Au clair matin du matin gris
Au clair matin du matin grand
Au clair matin du matin blanc

La compagnie des chats
Dans le matin des jours de pluie
Dans la grisaille des gens de bruit
Dans la pâleur du sang de suie

La compagnie des chats
Dans l’existence des pas de bruit
Dans le silence des comme je suis
Dans le miroir du sans souci

La compagnie des chats
C’est la lumière des gens de peu
C’est le chagrin qui s’en va creux

C’est la douceur qui revient bleue.

samedi 2 décembre 2017

Chagrin


Voici décembre. Ma petite compagne a disparu dans les oliviers. J’ai pas pu voir où elle allait. Chasser une pie, miauler aux vignes ou aux cyprès ?
J’ai même pas vu où elle filait.
Avec elle les souvenirs des tropiques, dans le petit appartement des rideaux de forêt. Des journées noires, triste torpeur de la pensée. Des journées bleues, jolis murmures dans les ramées.
Avec elle ces murs de gris éventrés, ces jours de pluie, sages mulots dents acérées, nuits sans sommeil et Voie lactée.
J’ai du chagrin, je fais que pleurer.
Très chère amie du temps passé, des jours heureux, des jours rêvés.
Chat bleu, chat gris, chat du matin, petit rat de l’opéra, Cannelle, Caneton du Moulin.
Je chante encore et tu reviens ? 




jeudi 2 novembre 2017

Tableau d'automne



 Dans la pâleur du jour naissant, l’homme heureux se lève. Il se rend dans la grande cuisine de la ferme assoupie. Les bêtes dorment encore dans l’étable, l’épouse est déjà debout, qui veille sur la maisonnée. Elle fait couler le noir café, le doux breuvage aux arômes des pays lointains. Elle songe au temps d’avant, à ces matins colorés devant la prairie de bananiers, de gaïacs, de champs de pastèques et d’orangers. Et lui reviennent les saveurs de mandarine acidulée, grappes de pluie dans le gosier. 
Pareil à des feuilles argentées, le temps se faufile dans les fils de la chevelure brune. 
La femme songe. Trempe les lèvres dans la tasse porcelaine. 
Un matin à rêver.
Le clair feulement des chattes affamées est un appel impérieux. Les félines attendent le repas matinal. 
Tyrannie domestique, prière collective. Les reines ordonnent, la femme se plie à l’ordre silencieux.

L’homme est parti ramasser le bois. L’automne est là, il faut chauffer.

 Dans les silences apprivoisés, l’épouse respire et puis se tait.

mercredi 1 novembre 2017

Sur le canal

Et au détour d’un vieux sentier, naissent collines et champs mêlés. Nous cheminons dans les vallées, dans les terres grasses et labourées, peuplées de gui, de châtaigniers.
 L’horizon emprunte le sillon des nuages et nous emporte loin dans les contrées du ciel. 
Le bon vent frais se pose sur les joues, la sérénade des peupliers vainqueurs tourbillonne dans nos têtes. 
Et ça grise, et ça joue et ça crie la quiétude. Loin, loin de la bourrasque hallucinée, du fracas des voitures et des hommes enfiévrés.
Juste le bruit des feuilles qui chuchotent dans les rayons, juste la tendresse du souffle de la brise d’automne, juste le soleil posé sur les paupières.
Loin, loin des vrombissements voraces des carcasses d’acier, de toutes ces poupées, pipelines encrassés.

Et au détour d’un vieux sentier, sentir le calme et puis rêver.