jeudi 20 février 2020

En passant par les Saintes

Parcourir les étangs, sentir le Mistral danser entre les salicornes, rendre encore plus hirsutes les cheveux indomptés déjà, fouetter la couenne des années, tanner la cuirasse, virevolter la sarabande des souvenirs enfouis. Enfouis ? pas tant que ça. 

Et les entrailles parlent de ce coin de Provence jadis pays du grand-père.
Elle te parlait des gardians, maman. Elle te parlait du bleu du ciel et des mouettes et des gitanes qui lisent dans le creux de la main et de la minuscule église comme dans un film de Leone.


Elle te disait que tout commence et finit là.

En passant par...


vendredi 1 juin 2018

Comptine


La compagnie des chats
Au clair matin du matin gris
Au clair matin du matin grand
Au clair matin du matin blanc

La compagnie des chats
Dans le matin des jours de pluie
Dans la grisaille des gens de bruit
Dans la pâleur du sang de suie

La compagnie des chats
Dans l’existence des pas de bruit
Dans le silence des comme je suis
Dans le miroir du sans souci

La compagnie des chats
C’est la lumière des gens de peu
C’est le chagrin qui s’en va creux

C’est la douceur qui revient bleue.

samedi 2 décembre 2017

Chagrin


Voici décembre. Ma petite compagne a disparu dans les oliviers. J’ai pas pu voir où elle allait. Chasser une pie, miauler aux vignes ou aux cyprès ?
J’ai même pas vu où elle filait.
Avec elle les souvenirs des tropiques, dans le petit appartement des rideaux de forêt. Des journées noires, triste torpeur de la pensée. Des journées bleues, jolis murmures dans les ramées.
Avec elle ces murs de gris éventrés, ces jours de pluie, sages mulots dents acérées, nuits sans sommeil et Voie lactée.
J’ai du chagrin, je fais que pleurer.
Très chère amie du temps passé, des jours heureux, des jours rêvés.
Chat bleu, chat gris, chat du matin, petit rat de l’opéra, Cannelle, Caneton du Moulin.
Je chante encore et tu reviens ? 




jeudi 2 novembre 2017

Tableau d'automne



 Dans la pâleur du jour naissant, l’homme heureux se lève. Il se rend dans la grande cuisine de la ferme assoupie. Les bêtes dorment encore dans l’étable, l’épouse est déjà debout, qui veille sur la maisonnée. Elle fait couler le noir café, le doux breuvage aux arômes des pays lointains. Elle songe au temps d’avant, à ces matins colorés devant la prairie de bananiers, de gaïacs, de champs de pastèques et d’orangers. Et lui reviennent les saveurs de mandarine acidulée, grappes de pluie dans le gosier. 
Pareil à des feuilles argentées, le temps se faufile dans les fils de la chevelure brune. 
La femme songe. Trempe les lèvres dans la tasse porcelaine. 
Un matin à rêver.
Le clair feulement des chattes affamées est un appel impérieux. Les félines attendent le repas matinal. 
Tyrannie domestique, prière collective. Les reines ordonnent, la femme se plie à l’ordre silencieux.

L’homme est parti ramasser le bois. L’automne est là, il faut chauffer.

 Dans les silences apprivoisés, l’épouse respire et puis se tait.

mercredi 1 novembre 2017

Sur le canal

Et au détour d’un vieux sentier, naissent collines et champs mêlés. Nous cheminons dans les vallées, dans les terres grasses et labourées, peuplées de gui, de châtaigniers.
 L’horizon emprunte le sillon des nuages et nous emporte loin dans les contrées du ciel. 
Le bon vent frais se pose sur les joues, la sérénade des peupliers vainqueurs tourbillonne dans nos têtes. 
Et ça grise, et ça joue et ça crie la quiétude. Loin, loin de la bourrasque hallucinée, du fracas des voitures et des hommes enfiévrés.
Juste le bruit des feuilles qui chuchotent dans les rayons, juste la tendresse du souffle de la brise d’automne, juste le soleil posé sur les paupières.
Loin, loin des vrombissements voraces des carcasses d’acier, de toutes ces poupées, pipelines encrassés.

Et au détour d’un vieux sentier, sentir le calme et puis rêver.




dimanche 25 juin 2017

Rilax



Un pas après l'autre baby 
Une valse, trois temps.
Compte un deux trois, un deux trois, un deux trois.
Et tu cours après quoi ? 
L'horloge qui égrène son tic-tac ? 
Et après ?
L'eau du Gardon coule depuis des siècles
Le Saint Laurent chante la Complainte du phoque
Et toi, tu donnes envie au castor de crisser son camp en Tabarnak
Y fait sa retenue. 
Câlisse ! Maudite française.
Laisse-lui le temps de placer ses billots.

Baby

J'ai ma Blonde branchée sur l'ampli.

mardi 30 mai 2017

Ressemblance



Souvent
Je cherche
Quoi ?
La ressemblance

Avec mon père
Sa bouche
Charnue
Sensuelle


Avec ma mère
Son regard
Insondable
Noir


De papa ?
La lucidité
L'humour pince-sans-rire
La difficulté à dire
Je t'aime

De maman ?
La Méditerranée
L'attente insatisfaite
Mascara noir
Khôl


Je cherche
Observe
Contemple
Mes gestes
Attitudes
Habitudes

Moi ?
Chercheuse d’or
Pépite gouttes de lune
Etoile dispersée çà et là
Papillon haute voltige
Chenille lenteur indolence
Souffle de la fleur de pissenlit
Qui s’éparpille au gré du vent...