samedi 10 juillet 2021

Au fil des jours, Carnets du quotidien.

 C’est un soir de juillet. Au village, le bal bat son plein. Dans mon jardin, l’écho des années 80. Me reviennent les slows collés, les baisers chapardés, la guinguette sur le lac. Je me souviens les copains, les cigarettes, les premières taffes qui font tousser. Comme un poisson rouge asphyxié, j’ai le regard du condamné. J’ai quinze, dix-sept ans. Dans les yeux, l’étincelle. Le rendez-vous galant. Les vinyles, la buvette, les petits verres à cinq francs. Dans la bouche, le goût des tequilas frappées. C’est fort, c’est amer, c’est salé. J’ai les synapses en terrain accidenté, les tympans sur une fréquence étoilée. Je me souviens les bals musette, les lumignons. Les amours transitoires, la promesse de l’été. Dans le cœur, l’arôme sépia de ma jeunesse comme la saveur d’un bon café.




vendredi 9 juillet 2021

Au fil des jours, Carnets du quotidien .

Elle m’apaise, Blanche. Quand elle grelote un miaulement. Quand elle pose sa patte dans mon cou. Quand ses yeux en amandes me fixent d’un air si doux. 

C’est une aristocrate, Blanche. Elle dédaigne le vulgaire. C’est dans la volupté qu’elle traite ses affaires. Installée dans la causeuse, elle tient salon, ordonne, légifère. Le commun l’indiffère. Elle fréquente les astres, les étoiles, l’univers. 

C’est Madame Récamier, c’est un tableau, c’est un mystère. Sa robe est veloutée, caressante. Céleste. Son regard éthéré transperce la matière. Elle voit dans l’au-delà, traverse les frontières. Elle touche l’invisible, converse avec la Terre. 

Elle m’écoute, Blanche. Quand je suis dans mon bain, aux fourneaux, au jardin. Attentive et soucieuse quand j’apprends à me taire.




jeudi 8 juillet 2021

Au fil des jours…

Il est des journées indociles où mes pensées s’obstinent à réfléchir à ma place. Alors j’écris. Je rentre dans une bulle, crayonne des sensations. Les mots sont des pinceaux capricieux. Il s’invitent, s’imposent, s’échappent. Patiente et opiniâtre, je rature à foison. Disloque les morphèmes, fait chanter les phonèmes, conjugue à perdre haleine. Le style est un oiseau qui s’envole à tir-d’aile, qui revient à fleur d’eau. C’est un océan qui s’en va, une idée qui s’en vient. Un poisson qui frétille au bout d’un hameçon, une vision qui fourmille, apparaît, tourne en rond. Quand mes pensées sont blêmes, que le monde est malade, que ça ne tourne plus rond, je confie mes « je t’aime » à mes tendres crayons. 




mercredi 7 juillet 2021

Au fil des jours…

 S’il y a une chose dont je suis sûre, c’est que je vieillis. Le reste n’est que conjectures. Un matin, je me suis apparue. Le temps avait visité les courbes de mon visage, voyagé sans encombres sur l’échancrure de mon corsage. Pirate aux tempes argentées, il avait dérobé mes perles pour s’en faire un blason, installé ses pénates au cœur de ma maison. Je partage avec lui le rythme des saisons, l’ennui du quotidien, les étendues nouvelles. Il a pris ses quartiers, respire à notre unisson. J’ai beau maquiller les contours, lisser les lézardes, l’écorce de mon plastron frissonne chaque jour davantage. J’ai les mains vieilles et je suis devenue sage.



lundi 5 juillet 2021

Au fil des jours…

 


Il y a des jours où je cours partout. C’est plus fort que moi, je ramasse tout. Là un citron, là une chandelle. Une tasse de thé, une hirondelle. Je fais valser les bibelots, tinter la vaisselle. S’envoler les rideaux,  trembler les coccinelles. Là une abeille, là un oiseau, là mes mitaines, là un manteau. Je fais s’éparpiller les feuilles qui tapissent le jardin, s’en aller les araignées qui tissent bon train, s’enfuir le coq qui s’égosille au petit matin.

Il y a des jours où j’enrage tout. La pluie, le vent, les grandes marées. 

Je suis la tempête impromptue, l’orage suspendu qui gonfle dans la cohue d’un ciel embouteillé.

dimanche 4 juillet 2021

Au fil des jours…

 La pluie tombe, au loin l’orage fulmine. Les nouvelles sont mauvaises, je reste dans mon lit. C’est bien beau les comptines, les guirlandes dans les mots. C’est bien beau bader aux grenouilles, compter les escargots. Se gausser des épines, endimancher le gris mais les nouvelles sont mauvaises et je n’ai pas de parapluie. Le lierre sort ses ventouses et rampe sur les murets. Sur terre le tonnerre gronde, les cafards s’amoncellent. Ils clapotent dans leurs bottes, complotent et s’éparpillent. C’est un drôle de dimanche. Une journée immobile. Un matin d’indolence. Je cherche mon parapluie. L’inondation menace, je monte sur mon lit.Le monde est sous amphétamines, les tigres sont de sortie. La blessure est mortelle, la plaie suinte et gangrène. Les nouvelles sont mauvaises, toujours pas de parapluie. C’est un paratonnerre que je place sous mon lit. 




samedi 3 juillet 2021

Au fil des jours…

 Juillet a entrouvert la porte. Il a toqué sans bruit. Caressé mon visage. Accaparé mon lit. Dans un soupir suave, entonné une romance alanguie, une moite mélopée, l’entêtante musique des crépuscules enivrants et des matins fleuris.

Dans la lumière du soir, au moment où les couleurs s’adoucissent et teintent le monde d’une étincelle mordorée, Juillet s’est annoncé. Souffle ardent, chaude clarté, amant inattendu. Visite inespérée.

Amoureux fervent, Conquistador éphémère, il a saisi le berceau de mon corps et m’a possédée sans un cri.